Les rails Vs le tableau noir

Comme vous le savez peut-être déjà si vous me suivez depuis le début… Et surtout si vous faites partie des courageux qui ont lu mon article “Vis ma vie de maman cheminote“, j’aime le changement professionnel.

Facebook me rappelle qu’il y a 2 ans je prenais une autre voie que celles des craies.
Je vous ai partagé le rythme d’une journée sur les rails. J’ai fait une brève allusion aux avantages et difficultés de ma nouvelle fonction.

Mais il est temps que je fasse un petit bilan. Juste comme ça, parce que en 2 ans, il s’est passé tellement de choses.

À vous qui me rappelez sans cesse à quel point je suis “folle d’avoir quitté l’enseignement”… Faisons le point ensemble sur ce que j’ai perdu/gagné.

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Quand j’étais dans les classes
1. Le plus gros avantage est bel et bien les congés ! Non, je ne parle pas des horaires mais des congés. Si vous avez des enfants, c’est clairement la position idéale. Vous n’êtes pas obligé de chercher des solutions de garde pour les 2 mois d’été. Ceci dit, rester 2 mois H24 avec ses gosses, on peut vite devenir fou. Donc, il y en a beaucoup qui mettent tout de même leurs enfants en stage.


2. Les horaires. Ça se discute. Pourquoi ? Ah… Tu croyais que je finissais à 15h30 et donc que j’étais à la casa disons vers 16h? T’es un “comique”toi (mais je ne t’en veux pas,no stress). Sérieux, tu ne dois pas être très au courant que beaucoup de profs n’ont pas l’immense privilège de bosser près de chez eux. Et je faisais partie de celles et ceux qui avaient de la route à faire. Étant navetteuse (train), je peux te dire que j’étais loin d’être la seule. Donc… Les horaires, c’est bien quand t’enseignes près de chez toi. Parce que sinon… Bin oublie. Avec la navette en voiture(vers la gare), train (vers Bruxelles) et encore en métro… J’avais une heure de trajet chaque jour aller et une heure retour. Sachant que nos horaires ne sont pas flexibles comme pour les bureaux… Ça peut faire des horaires assez matinaux. En gros, je me levais vers 05h45 et devais quitter mon domicile au plus tard à 06h30. Le soir, le temps d’aller recherche les enfants…j’étais rarement chez moi avant 17h30-18h.

3. La sécurité de l’emploi, on en parle ? Oui, y en a une fameuse… Uniquement si tu es nommé. Mais sais-tu combien de temps ça prend pour être nommé ? Sais-tu à quel point le système est complexe car: il faut occuper un poste vacant, il faut être temporaire prioritaire blablabla. Dans certaines fonctions comme celle des maîtres spéciaux, il arrive que tu ne sois jamais nommé selon le pouvoir organisateur dans lequel tu es. Bref… J’ai pas à me plaindre… Je suis/j’étais nommée. Et une fois que tu es nommée…à moins de commettre une faute très grave, il ne peut plus t’arriver grand chose.

4. Eh…le salaire? Mwais, bof. Disons que j’ai connu pire et je connais mieux. Un prof gagne correctement sa vie mais pas non plus de quoi rêver. C’est sûr que mon salaire était meilleur que dans l’hôtellerie (oui, j’ai aussi bossé là-dedans comme réceptionniste), meilleur que ma soeur qui bossait en agence de voyage…mais je gagne nettement mieux ma vie sur les rails! L’avantage: tu suis une échelle barémique bien définie et tu as une augmentation tous les 2 ans. Donc, en gros, tu es certain d’être augmenté alors que dans le privé, tu dois négocier tes augmentations.

5. D’autres avantages? la carte prof et c’est tout. Des chèques repas? NON. Quoique je viens d’apprendre qu’une copine en reçoit…donc ça dépend des Pouvoirs Organisateurs. Mais ce n’est clairement pas monnaie courante et pas une obligation. Une assurance ? NON! Une mutuelle? NON. Une carte essence ou une voiture de société? Mouhahaha, tu rêves mais , c’est beau de rêver. Par contre, tu as droit à un remboursement de tes transports en commun. Une fois de plus, ce remboursement n’est pas identique partout. Mais c’est minimum 50% .

Certain(e)s mauvaises langues ajouteront: les heures de travail: 20 à 24h / semaine.

Mouahahaha! Oui, ça peut se réduire en effet à ce nombre d’heures SI et SEULEMENT SI:

  1. Tu fais absolument toutes tes corrections à l’école durant tes pauses.
  2. Tu gardes le même cours, les mêmes feuilles , les mêmes copies etc durant toute ta carrière.
  3. Tu fais tes bulletins durant tes pauses.

Alors oui…bien sûr qu’il y a des enseignants “glandeurs” qui ne modifient pas le cours d’années en années. Oui il y a des faignants qui ne se cassent pas la tête pour être un peu créatifs et qui suivent uniquement les manuels. Oui il y a des démotivés qui corrigent pendant d’autres interros pour gagner du temps et tant pis si ça triche … C’est comme partout! Il y a toujours des personnes qui font et feront le strict minimum.
Mais il y a aussi…et en grande majorité, en bien plus grand nombre que les glandeurs…des profs qui , le soir, en rentrant chez eux vont remanier leurs leçons car elles n’a pas “fonctionné” et que ça les embête. Il y en a des profs qui, à la longue, s’ennuyant de donner la même leçon depuis un an ou 2, vont chercher une nouvelle matière ou nouvelle façon d’aborder celle-ci. ET il y en a des profs qui aiment se lancer dans des projets collectifs (avec d’autres collègues) ou individuels pour leurs élèves…
ET ils sont nombreux…parce que, croyez-moi, les profs glandeurs, démotivés…ils ne resteront pas …et si ils restent, ils resteront mais malheureux, iront bosser avec des pieds de plombs.

Parce que beaucoup parmi vous oublie que prof c’est aussi:

  1. Le bruit constant de 20 à 30 enfants. Même si vous avez une bonne discipline, il persistera toujours un bruit de fond qui…à la longue, peut être psychologiquement usant. Perso, je l’ai vécu en tant que fille d’instit et je l’ai vécu en tant que maman prof…En rentrant à la maison après les heures de cours…il ne fallait surtout pas commencer à allumer la radio, la tv et à crier dans tous les sens…car mon dieu, quelle horreur! Stop! J’en peux plus du bruit!
  2. “Te battre” pour faire apprendre à une génération de jeunes qui ne fonctionnent plus comme toi et moi.
  3. Avoir une énergie de dingue pour capter en permanence l’attention de cette génération de zapping.
  4. C’est aussi faire face à des situations parfois complexes en classe…soit parce que tu débutes dans le métier et qu’évidemment on te donne les classes dont personne ne veut. Vu que tu débutes, tu t’en ramasses plein la tronche par ces jeunes qui te testent. Ma première année en secondaire…combien de fois ne suis-je pas rentrée en larmes chez moi …Parce que je m’étais démenée en préparant mes leçons, je m’étais cassée la tête pour trouver un truc sympa…mais manque d’expérience, j’étais “recalée”, bafouée, testée à longueur de temps par des ados en crise qui n’ont plus trop le sens du respect.
  5. C’est aussi les réunions de parents le soir…qui font que tu rentreras plus tard et vu que tu es en train…tu ne verras probablement pas tes gosses.
  6. C’est justement ces parents…dont une partie (ouf, pas tous) sait tout mieux que toi…n’est pas d’accord avec toi…et est persuadée que tu es en tort car son enfant est le plus sage de tous (ou pas).
  7. C’est travailler dans un milieu très féminin…donc…beaucoup de ragots et de langues de vip qui peuvent parfois te faire fortement souffrir. OUF, je n’en ai pas souffert mais j’ai vu des jeunes collègues en pâtir.
  8. C’est bosser avec toujours moins de moyens et dans un système qui nivelle tout par le bas…
  9. N’espère pas avoir de reconnaissance…pas de récompense…mais par contre, pour te dire tout ce qui ne va pas, y aura toujours quelqu’un: un inspecteur, un directeur, un collègue, un parent….

En lisant tout ceci, on pourrait croire que je n’aimais pas le boulot: FAUX! J’aimais et j’aime toujours ce métier qui est, probablement, l’un des plus beaux. D’ailleurs, un de mes objectifs aux chemins de fer serait de devenir formatrice…

Alors pourquoi suis-je partie?

Primo, cela faisait un an ou 2 que je ralentissais, je perdais ma motivation…et surtout, j’étais en train de devenir tout le contraire du prof que je voulais être: cassante. Je n’avais aucune envie de blesser des enfants en pleine construction…Donc, j’ai dit STOP!

Deusio, je me suis vite rendue compte que j’avais peut-être fait une erreur d’options. J’aurais peut-être été mieux en instit qu’en prof de langues…Pourquoi? J’aime les projets en tous genres. Mais quand t’es maître spécial, tu n’as pas vraiment l’occasion d’en développer énormément et ça m’a beaucoup manqué.

La troisième raison va de paire avec la deusio 😉 Je commençais à ressentir beaucoup de frustration. J’avais commencé à tester la “méditation” avec des classes, ça fonctionnait bien…Mais pas le temps de développer cela. J’avais envie de me sentir plus utile pour les enfants, de m’investir plus dans les méthodes/pratiques qui aident les jeunes…bref, pas trop ma fonction de maître spécial. Ceci dit, je garde en tête mon objectif de suivre une formation indépendante dans le domaine… Je n’en démords pas.

Un ras le bol s’est donc installé…marre de répéter sans cesse les mêmes choses pour ne voir aucun résultat. Marre de voir que les enfants ne savent plus étudier 10 mots et les retenir sur du long terme…
Mais j’aimais vraiment malgré tout ce que je faisais.

Alors pourquoi je suis partie?

Parce que j’avais besoin de changements, besoin de sentir que je pouvais évoluer. Quand tu es prof…bin tu restes prof ou tu passes à la direction. Ayant vu ce que ça apportait comme ennuis à mon Padre (ex dirlo), je ne voulais pas de ça.
Je ne regrette pas. Parce que, même si mon job actuel est moins créatif, il m’apporte d’autres choses.

Sur les rails, pas une journée ne se ressemble…parce que même si ça roule sans encombre, vous croisez toujours des nouvelles têtes. Perso, quand je peux prendre le temps, j’aime taper la tchat avec les voyageurs. Et j’ai déjà fait de belles rencontres.

Au chemin de fer, j’ai plein d’horizons divers qui s’ouvrent à moi pour évoluer.

Dans les trains, j’ai de sacrées responsabilités, je me sens utile…d’une toute autre façon mais utile quand même (même si c’est pas évident tous les jours et qu’il y a beaucoup de frustration aussi).

Est-ce que je reviendrai en arrière?

Parfois je doute…car je vous l’ai déjà dit dans un précédent article, c’est hard physiquement et pas évident pour la vie de famille.
Mais, je me connais. Je n’en suis pas à mon premier coup d’essai. Je sais que, en général, lorsque je prends une telle décision, ce n’est pas pour revenir en arrière. Je suis pas comme ça. J’aime aller de l’avant (même si parfois , ça me prend du temps). J’aime (me) surprendre sur le plan professionnel. J’ai besoin de nouveaux défis et j’en ai quelques uns en tête.
Alors, peut-être que je reviendrai dans “les écoles” (je vous l’ai répété, j’ai un projet en tête qui ne me quitte pas), peut-être que je repasserai un pied dans la pédagogie…mais probablement pas dans la même case…
PS: Les illustrations : j’avais trouvé de super dessins illustrant parfaitement bien mes propos. J’ai pris contact avec l’auteur mais il a refusé que je m’en serve. Je respecte ce choix. C’est pourquoi, à la place d’avoir de merveilleux dessins, vous avez des croquis super nuls faits par mes soins…Je devrais peut-être prendre des cours mdr 😉

L’important dans tout cela, c’est de toujours faire un boulot dans lequel on s’épanouit! Car au final, le travail, c’est là où on passe une grand partie de notre vie. Alors, autant que ce soit agréable!

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Author: Barba_Mum

Maman belge de 2 boys boys.

3 thoughts on “Les rails Vs le tableau noir”

  1. J’adore les enfants et travailler en maternelle m’aurait sûrement plus ! Après pour la primaire collège ect .. je pense que c’est beaucoup plus de travail comme tu le décris et tout est peut être moins rose. En tout cas félicitations d’avoir quitté un travail d’enseignant pour les rails .. si tu es épanouie c’est le principal !

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